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Jean-Pierre Casseyre

L’UNIVERSITÉ et l’INSTRUCTION PUBLIQUE

SOUS LE PREMIER EMPIRE

                                                                                                                    par Jean-Pierre CASSEYRE


Notre pays possède un riche passé dans le domaine de l’enseignement. Aussi, afin d’examiner le plus précisément possible les textes marquant le bicentenaire de l’Université impériale, il est nécessaire de se référer à l’origine de la tradition universitaire française.




En premier lieu, quel est le sens du mot « Université » ?


Ce terme apparaît au milieu du XIIIe s. mais, déjà mentionné en 1218, il avait le sens de communauté. Il est emprunté au latin juridique universitas (corporation).  Au Moyen-Âge, elle représentait chacune des institutions ecclésiastiques d’enseignement secondaire et supérieur, nées sous l’autorité papale de la fusion des écoles cathédrales, monastiques et privées.


C’est vers l’an 1200 que se met définitivement en place l’Université. Essentiellement religieuse, elle est composée des quatre facultés de théologie, de décret ou de droit canon, de médecine et des arts libéraux ou des lettres (c’est-à-dire la grammaire, essentiellement le latin, la dialectique, la philosophie). Cette faculté des arts, la plus importante, se répartissait en trivium (du mot latin signifiant « carrefour à trois voies), la division inférieure des sept arts enseignés qui viennent d’être cités et le quadrivium correspondant au groupe à caractère mathématique (arithmétique, astronomie, géométrie, musique). Ces différentes facultés mènent au baccalauréat puis à la maîtrise qui permet d’enseigner.



Où se situent les locaux d’enseignement ?


Ils vont quitter la Cité pour s’installer dans des granges ou des écuries où les élèves s’installent sur des bottes de foin ou de branchages, d’où le nom de Fouarre (paille) donné à  la rue au long de laquelle se répartissaient les premières écoles.


D’autres sites peuvent être mentionnés comme ceux de la rue des Ecoles et de la rue des Anglais ouverte au début du XIIIe siècle ; cette dernière doit son nom aux étudiants de la langue d’Angleterre qui y résidaient quand ils fréquentaient la rue du Fouarre et la place Maubert, centre de rassemblement des écoliers avant leur installation vers les collèges de la Montagne Sainte-Geneviève.


Citons la rue des Carmes qui, de 1317 à 1436, abrita au n° 32, le collège de Linköping « Ad cornu cervi »,la résidence des étudiants suédois de l’Université de Paris. Pour mémoire, dans la rue adjacente de Lanneau, ouverte vers 1185, on ne comptait pas moins de 14 librairies tandis que la rue d’Ecosse qui donne dans cette dernière rappelle le souvenir des écoliers écossais qui, de 1333 à 1603, habitèrent son voisinage. En dernier lieu, à proximité de l’église Saint-Séverin, rue de la Parcheminerie, logeaient les écrivains publics et les copistes de manuscrits (d’où son nom de 1273 : rue des Ecrivains, puis de 1387 : rue des Parcheminiers).


L’ambiance du quartier était tendue avec des rixes entraînant la réprobation des habitants. C’est à la suite de l’une d’elles, au cours de laquelle cinq personnes - dont l’évêque de Liège – avaient trouvé la mort, que Philippe-Auguste définit en 1200 le statut juridique des étudiants et qu’un premier privilège est accordé par le pape Célestin III. Placées sous l’autorité d’un doyen, ces écoles sont dirigées par un recteur (on retrouve des fonctions qui nous sont encore familières).



Maîtres et élèves se groupaient selon leur nation (France, Picardie, Normandie, Angleterre) en «Universitates » comparables aux corporations de métiers. C’est ainsi que se sont multipliées des écoles sur la rive gauche, près de monastères comme ceux de Saint-Victor et de Sainte-Geneviève qui vont devenir par ailleurs le siège d’un scriptorium tel que celui de Saint-Germain des Prés, ancêtre de nos futures bibliothèques.


Il est impossible de fixer une date de naissance exacte des premières universités mais, dans le cas parisien, la bulle papale de 1211, octroyée par le pape Innocent III, a donné aux écoles leur organisation ; en 1215 Robert de Courson, légat de ce même pape, lui donnait ses premiers statuts. « L’Universitas magistrorum et scolarium Parisiensium » obtenait dès lors le privilège de conférer différents grades dont on connaît depuis des titres ayant toujours cours : bachelier, licencié, docteur.


Parallèlement à la révolution intellectuelle qui secoue l’Europe au XIIe siècle, les monastères – principaux centres d’étude de l’époque – cèdent le pas aux Universités nouvelles créées dans les grandes villes comme Bologne, Paris, Oxford, Cambridge, Heidelberg. Pour accompagner ce déplacement du savoir vers les grands centres, Innocent IV – dans sa bulle de 1245 – recommande aux cisterciens d’aller à Paris, siège de la deuxième plus ancienne université, pour y étudier la théologie et la philosophie.


C’est ainsi que le Collège des Bernardins, achevé vers 1252 rue de Poissy, va former plusieurs milliers de moines venus du nord de la France, de Flandre, d’Allemagne et d’Europe centrale.


Quelques écoles importantes vont commencer à devenir des corporations s’administrant par elles-mêmes. C’est la raison pour laquelle se sont créées des écoles spécialisées pour les matières profanes d’abord en Italie - la patrie des Académies - avec l’Ecole de médecine de Salerne, de droit à Bologne. Paris était le centre européen le plus brillant des études théologiques avec des maîtres comme Pierre Abélard.


Précisons que l’enseignement dispensé en latin – d’où le nom de Quartier Latin -  avait un caractère universel et le fait de posséder cette langue en commun a considérablement favorisé la mobilité des maîtres comme celle des élèves.




Il n’entre pas dans le cadre de cette étude de détailler les différentes phases qui ont jalonné l’histoire de l’enseignement mais il semble important de rappeler les principales caractéristiques de notre Université avant la période qui nous intéresse :


- l’autonomie se renforce contre l’autorité ecclésiastique locale, mais avec l’appui du pape, surtout s’il est théologien ou canoniste ;

- les facultés sont mieux organisées avec leur doyen et se spécialisent ;

- le rôle des états et des villes va croissant ;

- on assiste à la fondation de nouvelles universités : 17 en 1500 (Paris, Caen, Nantes, Angers, Orléans, Dôle, Poitiers, Bourges, Bordeaux, Cahors, Toulouse, Perpignan, Montpellier, Aix-en-Provence, Avignon, Orange, Valence).


    On ne doit cependant pas cacher la faiblesse des enseignements due en partie à l’insuffisance de la production livresque, seuls les grands collèges possédant une bibliothèque.


Du XVIe siècle à la veille de la Révolution, l’Université dominée par la théologie apparaît continuellement en attente d’une nouvelle réforme.


Henri IV a bien essayé de réformer l’Université en 1600, en l’ouvrant sur l’extérieur pour servir l’Etat et lui procurer des juristes et des théologiens. Ce sera un échec dû à la réticence et à l’incapacité des maîtres. Que pouvait valoir un enseignement basé sur la théologie, d’où le droit civil est absent ainsi que les sciences ? Il faudra attendre les projets de Talleyrand et de Condorcet qui prévoyaient un enseignement supérieur consacré aux sciences, aux lettres et aux arts.


L’Université napoléonienne constitue un système original puisqu’elle est à la fois l’héritière du riche passé qui vient d’être parcouru et aussi le résultat d’une reconstruction à partir de la suppression par la Convention de tout un ensemble multiséculaire.


L’histoire de l’éducation – l’instruction publique pour employer les termes en usage au XIXè siècle – se forge au début de ce siècle dans ce que seront les locaux du ministère, 110 rue de Grenelle, à partir de 1829.


Deux textes fondateurs marquent cette époque : la loi du 10 mai 1806 et le décret du 17 mars1808.


La loi, très brève, se contente d’établir en trois articles le nouveau système éducatif :


    • article I : « Il sera formé, sous le nom d’université impériale, un corps chargé exclusivement de l’ enseignement et de l’éducation publique dans tout l’Empire. »

    • article II : « Les membres du corps enseignant contracteront des obligations civiles spéciales et temporaires. »

    • article III : « L’organisation  du corps enseignant sera présentée en forme de lois au Corps législatif à la session de 1810. »


A l’opposé, le décret, riche de 144 articles, institue l’Université impériale, sorte de corporation publique – alors que la Révolution avait supprimé toutes les corporations – organisée en fonction du régime autoritaire qui régit le pays, et construite de manière pyramidale.


L’article 1er du décret stipule que : « L’enseignement public dans tout l’Empire est confié exclusivement à l’Université »


(Ne perdons pas de vue que l’Empire est à son apogée : c’est la France des 130 départements avec, à leur tête, des préfets ayant les pleins pouvoirs. La centralisation est poussée à l’extrême dans tous les domaines [par exemple la presse qui est muselée avec – outre l’organe officiel du gouvernement, le Journal de l’Empire dès 1805 – un seul journal par département à partir de 1810 et quatre à Paris en 1811])

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A la tête de cetteUniversité très surveillée - parce que l’Empereur veut empêcher tout idéalisme de se propager - est placé un Grand Maître, le 17 mars 1808, jour de parution du décret : il s’agit du comte Louis de Fontanes. Sur le plan administratif, il est nommé et révoqué par l’Empereur et assisté d’un chancelier et d’un trésorier (titres 7, art. 50 et 8, art. 64). Le titre 9, art. 75 prévoit un Conseil de l’Université de 30 membres répartis en cinq sections comportant 10 membres nommés à vie (inspecteurs et recteurs) et 20 renouvelables annuellement (doyens, professeurs, proviseurs).


Qui était Louis de Fontanes ? : un personnage dont on ne sait pas grand’chose. Il est né à Niort en 1757 et décédé à Paris en 1821. Il fut au tout début enseignant en lettres dans une des trois écoles centrales de Paris, puis écrivain, poète, auteur de nombreuses pièces de vers et critique ; collaborateur du journal hebdomadaire « Le Mercure de France », il publia des « Essais critiques » sur Chateaubriand dont il devint l’ami et aida au succès du « Génie du Christianisme ». Sénateur et comte de l’Empire, il entra en 1803 à l’Académie française. Il exerça ses fonctions de Premier Grand Maître jusqu’au 16 février 1815.


Un autre personnage de cette période, mal connu lui aussi, présente beaucoup d’intérêt et mérite un bref développement : il s’agit de Fourcroy qui exerça les importantes fonctions de directeur général de l’Instruction publique. Professeur de chimie au Jardin du Roy – devenu le Jardin des Plantes -, scientifique de grande valeur, Antoine François, comte de Fourcroy, né et mort à Paris (1755-1809) avait été membres de la Convention à tendance très modérée.  Lorsqu’il était membre du Corps législatif, il fut l’auteur de la loi du 11 floréal an X (1er mai 1802) qui remplaçait les écoles centrales par les lycées. Il est l’auteur de l’exposé des motifs de différents projets de loi.


Alfred Fierro, conservateur à la Bibliothèque historique de la Ville Paris et auteur de l’ « Histoire et dictionnaire de Paris »  écrit : « A la surprise générale, l’Empereur écarte le grand chimiste athée Fourcroy au profit d’un servile courtisan lié au milieu ecclésiastique, Fontanes. C’est sa volonté de transformer le corps enseignant du pays en un instrument au service de sa politique qui a dicté ce choix à Napoléon. ». N’a-t-il pas déclaré à Fourcroy avant de l’évincer : « Il n’y aura pas d’état politique fixe s’il n’y a pas un corps enseignant avec des principes fixes. Tant qu’on n’apprendra pas dans l’enfance s’il faut être républicain ou monarchiste, catholique ou irréligieux, l’Etat ne formera pas une nation. Il reposera sur des bases incertaines ou vagues, il sera constamment exposé aux désordres et aux changements. »


Le territoire est divisé en académies, aussi nombreuses que les ressorts des cours d’appel, 27 au total.


Le titre XII intitulé « Des Recteurs des Académies » précise en cinq articles (du 94 au 99) les missions des recteurs que l’on peut considérer comme de véritables préfets de l’Instruction publique. Ce terme de recteur qui remonte au XIIe s. correspondait au Moyen-Âge au titre de « chef et premier officier électif d’une Université. »


A Paris sont prévus des inspecteurs généraux ; dans les départements, des inspecteurs d’académie.  Puis toute une hiérarchie de maîtres, régents, professeurs, censeurs, proviseurs, doyens, titres déjà utilisés sous  l’Ancien Régime. Cette nouvelle université regroupe les trois ordres d’enseignement : primaire, secondaire, supérieur.



Qu’est-ce qui avait poussé Napoléon à agir ainsi et à instaurer un nouveau système d’éducation ?

Jean Tulard, grand spécialiste de la période impériale, écrit : « Dès le lendemain du coup d’Etat de Brumaire, les nobles provinciaux firent connaître qu’ils souhaitaient la restauration des anciens collèges « sous les formes appropriées aux nouvelles institutions politiques. »


Bonaparte pensait de même. Il avait été séduit par le système piémontais et souhaitait instaurer trois degrés d’enseignement : des écoles primaires, des écoles secondaires et des écoles spéciales ou supérieures.



• L’enseignement primaire


Napoléon ne s’intéressait pas à l’école primaire. Tous les textes de l’époque le prouvent, notamment la loi du II foréal an X (1er mai 1802) : celle-ci expédiait le sort des écoles primaires dans ses articles 2 à 5 de même que celles qui étaient tenues par des particuliers, articles 6 à 8.


Les écoles primaires vont donc demeurer sous la tutelle des Frères des Ecoles chrétiennes dont l’Institution fut fondée à Reims par St Jean-Baptiste de la Salle en 1681. Premier Consul, puis Empereur, Napoléon était soucieux de calmer les luttes religieuses tout en rendant à l’Etat sa pleine puissance ; il avait conclu, à cet effet, un accord avec l’Eglise catholique : tout en développant les Ecoles normales pour former les futurs maîtres, il redonnait une large place aux enseignants ecclésiastiques. Dans ce cas précis de l’enseignement primaire, il n’y a donc pas de modifications notables avec les décennies précédentes. Le premier degré, laissé aux soins des Frères des Ecoles chrétiennes,  est incorporé à l’Université en 1808.



• L’enseignement secondaire


A l’inverse, c’est bien à l’Empereur que revient le mérite de  la création des lycées. Pour renforcer son régime dans le secteur militaire, il a besoin de former des officiers, des ingénieurs et des médecins ; dans le domaine civil, il est nécessaire de recruter des fonctionnaires, des administrateurs, des hommes de loi.


La base de l’enseignement va s’effectuer au lycée dont le terme faisait allusion à l’école d’Aristote, modèle de l’exigence intellectuelle. Ces lycées – anciens collèges placés sous la responsabilité des Jésuites et des Oratoriens sous l’Ancien Régime – sont les héritiers directs des écoles centrales de la Révolution créées par la Convention, dans sa loi du 25 octobre 1795.


    Organisation


Il était prévu une école centrale par département dont Stendhal a dit tout le mal qu’il pensait dans sa « Vie d’Henri Brulard ». Comme stipulé dans le titre IV de la loi, on y enseignait les lettres, c’est-à-dire la rhétorique, la logique, la morale, les langues anciennes, ainsi que les sciences, à savoir les mathématiques et la physique, sans perdre de vue que ce nouveau lycée napoléonien devait « honorer les bons élèves et punir les paresseux ».




A leur tête, se trouvait le proviseur assisté d’un censeur et d’un procureur chargé de la gestion de l’établissement, et pour l’enseignement au moins huit professeurs avec des maîtres d’études, des maîtres de dessin, d’exercices militaires et d’arts d’agrément. Dans ce dernier cas, il s’agit probablement d’une idée reprise de Condorcet et qui concernait la poésie, le théâtre, la déclamation.


Jean Tulard, qui a participé à un ouvrage célébrant le bicentenaire du lycée Charlemagne, écrit : «La discipline était militaire : uniforme et bicorne, répartition en compagnies sous le contrôle des maîtres d’études, réveil et différents moments de la journée rythmés par le roulement du tambour, punitions impliquant la prison et les arrêts, bœuf bouilli  pour nourriture, absence de confort dans les établissements. ».


Jean Tulard poursuit : « N’oublions pas qu’un arrêté consulaire de 5 brumaire an X (27 octobre 1802) déterminait le costume des enseignants : habit à la française, manteau noir et collet vert, cravate de batiste de soie blanche et chapeau à la française » tandis qu’Alfred Fierro ajoute : « Quant au corps enseignant, l’Université impériale en habit noir, avec ses proviseurs, censeurs et maîtres d’études astreints au célibat, présentait beaucoup d’analogies avec une congrégation classique, à commencer par la Compagnie de Jésus, voire, à certains égards, avec un régiment. » (citation extraite du « Dictionnaire Napoléon » de Boudard).     


Il était prévu un lycée par arrondissement de tribunal d’appel. Chronologiquement, ils ont été mis en place aux dates suivantes : Bordeaux en octobre 1802, puis Bruxelles, Douai, Lyon, Marseille, Rennes, Besançon en décembre 1802, Rouen, Strasbourg, Amiens en mai 1803, ensuite Angers, Bourges, Caen, Cahors, Dijon, Grenoble, Reims, Toulouse, etc… Ils sont entretenus aux frais des villes.



    Lycées parisiens


Dans un premier temps, Paris va en posséder trois mais avec retard. En effet, en exécution d’un arrêté ordonnant que soient construits trois lycées en remplacement des trois écoles centrales d’alors, l’état ne prit possession de différents bâtiments religieux qu’en 1803 : un en place de celle du Panthéon (l’actuel Lycée Henri IV), le deuxième en place de celle de la rue Saint-Antoine (lycée Charlemagne), le troisième rue Caumartin (lycée Condorcet).


- Le premier, situé dans les bâtiments conventuels de l’abbaye Sainte-Geneviève, va s’appeler lycée Napoléon en 1804


- Le deuxième est également aménagé en 1804 dans les locaux de l’ex-maison professe des Jésuites qui s’y étaient installés en 1580 jusqu’à leur expulsion en 1762. Malgré l’instabilité politique, il gardera toujours le nom de Charlemagne. (C’est sur l’habile proposition de Chaptal qui savait que le futur Napoléon considérait Charlemagne comme son « glorieux prédécesseur » qu’on l’a baptisé du nom de cet empereur). 


-  Le troisième occupe les anciens bâtiments claustraux du couvent des Capucins et il s’appelle lycée Bonaparte.


- La Ville de Paris va en avoir un quatrième en 1805 : le lycée impérial. Situé rue St-Jacques, dans l’ancien collège tenu également par les Jésuites avant leur expulsion, c’est l’actuel Louis le Grand. De 1796 à 1798, il avait le nom de Collège Egalité, rebaptisé ensuite Institut des boursiers et enfin Prytanée français.


- En dernier lieu, même s’il n’en a jamais vu la réalisation , il ne faut pas oublier de mentionner un cinquième lycée : le collège d’Harcourt édifié boulevard Saint-Michel, côté VIe arrondissement, dénommé collège Saint-Louis et aujourd’hui lycée Saint-Louis. Napoléon avait ordonné la construction d’un établissement pour 400 internes ; les travaux avaient commencé tout à la fin de l’Empire mais ne furent achevés qu’en 1820  (la porte dans le parloir provient du collège d’Harcourt : elle est classée).


    En conclusion, le titre VI du décret intitulé « Des élèves nationaux » indique qu’ «il sera entretenu 6 400 élèves pensionnaires dont 2 400 seront choisis parmi les fils de militaires ou de fonctionnaires civils, judiciaires, administratifs ou municipaux. Ces 2 400 élèves devront avoir au moins neuf ans et savoir lire et écrire. »

               

Le baccalauréat



qui, ne l’oublions pas, est le premier grade de l’enseignement supérieur, célèbre aujourd’hui, son bicentenaire en cette année 2008. La première promotion comptera l’année suivante trente deux lauréats.


• L’enseignement supérieur

L’article 3 indiquait que « Nul ne peut ouvrir d’école, ni enseigner publiquement, sans être membre de l’Université et gradué par l’une de ses facultés. Néanmoins, l’instruction dans les séminaires dépend des archevêques et évêques, chacun dans son diocèse. »


Ceci était valable pour le secondaire, comme nous venons de le voir, mais aussi bien entendu pour les différentes facultés qui vont désormais constituer l’enseignement supérieur.



• Quels sont les principes qui ont présidé à cette nouvelle situation ?


L’œuvre napoléonienne est inspirée par une idée unificatrice.


Napoléon rejette la forme des anciennes universités et leur organisation. Un découpage en « cinq ordres de facultés » est institué ; l’article 6 du titre II « De la composition des facultés » prévoit la théologie, le droit, la médecine, les lettres, les sciences mathématiques et physiques.


La différence avec la période précédente repose sur deux points :


- la centralisation : les facultés sont des organismes d’Etat, directement administrés par le pouvoir central qui désigne les doyens, renforçant, s’il en est besoins, un strict contrôle du monde universitaire ;


- la division : aucune relation n’est prévue et organisée entre les différentes facultés d’un même lieu. Elle va demeurer jusqu’en 1968.


    L’Empire a assumé un héritage légué à la fois par l’Ancien Régime et la Révolution, à savoir les Grandes Ecoles et les Grands Etablissements. L’abolition des Universités le 15 septembre 1793 n’a laissé subsister qu’un certain nombre d’établissements : le Collège de France (1530) le Muséum d’Histoire naturelle (1635), l’Observatoire (1667) ainsi que des écoles spéciales comme les Mines et les Ponts et Chaussées. Un enseignement de haut niveau se combinait à une recherche savante.





Mais une place spécifique doit être réservée à d’autres écoles spécialisées qui se situent dans la filiation d’une institution d’Ancien Régime :


    * A la Bibliothèque nationale – elle-même héritière de la bibliothèque royale, s’ouvrent des cours de langues orientales vivantes, précurseurs de l’Ecole des Langues Orientales, ainsi qu’un cours d’archéologie, futur noyau de l’Ecole du Louvre.


    * La création du Bureau des Longitudes où l’on donne des cours d’astronomie qui complètent ceux de l’Observatoire.


    * Le Collège des Lecteurs royaux créé par François Ier n’a jamais cessé à travers ses chaires de dispenser des cours avant de prendre le nom de Collège de France

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* Enfin, le Conservatoire des Arts et Métiers préfigure ce qui va devenir la première institution d’éducation des adultes régulièrement organisée.


* Une place privilégiée est réservée aux deux anciennes grandes écoles : Polytechnique et Normale supérieure. Rappelons que dans son acte de fondation il était écrit : « Il sera établi à Paris une Ecole normale où seront appelés de toutes les parties de la République,des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres, l’art d’enseigner. »


Les normaliens, comme d’ailleurs les polytechniciens, vont assurer remarquablement cette mission d’éducation, mais continuellement sous surveillance comme le prouve à nouveau l’article suivant :

    « Toutes les écoles de l’Université prendront pour base de leur enseignement :

        1. les préceptes de la religion catholique,

        2. la fidélité à l’Empereur, à la monarchie impériale dépositaire du bonheur des peuples et à la dynastie napoléonienne conservatrice de l’unité de la France et de toutes les idées libérales proclamées par les constitutions.





    Organisation des études supérieures


Comment sont organisées les études ?


Il existe une différence de nature et de fonction entre des facultés que l’on pourrait qualifier de « professionnelles » - celles de droit et de médecine – et les autres qui n’eurent guère d’autre fonction officielle que de délivrer des grades nécessaires pour exercer certaines professions.


Lois, décrets et arrêtés vont fixer l’organisation générale de tous ces enseignements et leur intégration dans l’Université . C’est notamment le cas de la médecine qui mérite un développement particulier ét  ant donné l’état dramatique où elle se trouvait depuis la disparition de l’école de médecine créée à la Révolution.     




    # Médecine et Pharmacie


Voici ce que Fourcroy exposait dans le projet de loi sur l’exercice de la profession médicale :

 

« Depuis le décret du 18 août 1792, qui a supprimé les Universités, les Facultés et les Corporations savantes, il n’y a plus de réceptions régulières de médecins ni de chirurgiens. L’anarchie la plus complète a pris la place de l’ancienne organisation. Ceux qui ont appris leur art restent confondus avec ceux qui n’en ont pas la moindre notion. Presque partout on accorde des patentes également aux uns et aux autres. La vie des citoyens est entre les mains d’hommes avides autant qu’ignorants. L’empirisme le plus dangereux, le charlatanisme le plus éhonté abusent partout de la crédulité et de la bonne foi. Aucune preuve de savoir et d’habileté n’est exigée. Ceux qui étudient depuis sept ans et demi dans les trois écoles de médecine instituées par la loi du 14 Frimaire An III, peuvent à peine faire constater les connaissances qu’ils ont acquises et se distinguer des prétendus guérisseurs qu’on voit de toutes parts. Les campagnes et les villes sont également infectées de charlatans qui distribuent les poisons et la mort avec une audace que les anciennes lois ne peuvent plus réprimer. Les pratiques les plus meurtrières ont pris la place des principes de l’art des accouchements. Des rebouteurs et des maiges impudents abusent du titre d’officiers de santé pour couvrir leur ignorance et leur avidité. Jamais la foule des remèdes secrets, toujours si dangereux, n’a été si nombreuse que depuis l’époque de la suppression des Facultés de Médecine. Le mal est si grave et si multiplié que beaucoup de préfets ont cherché les moyens d’y remédier, en instituant des espèces de jurys chargés d’examiner les hommes qui veulent exercer l’art de guérir dans leurs départements. Mais cette institution départementale, outre qu’elle a le grave inconvénient d’admettre une diversité fâcheuse des mesures administratives, ouvre la porte à de nouveaux abus nés de la facilité trop grande ou du trop peu de sévérité des examens, et quelquefois d’une source encore plus impure. Le Ministre de l’Intérieur s’est vu forcé de casser des arrêtés de plusieurs préfets relatifs à ces espèces de réceptions, souvent aussi abusives qu’elles sont irrégulières. Il est donc pressant, pour détruire tous ces maux à la fois, d’organiser un mode uniforme et régulier d’examen et de réception pour ceux qui se destinent à soigner les malades ».


    Comme on peut le constater, le but des législateurs consiste à « être utile et profitable à tous les gens de l’art médical ». Celui de la Révolution était la construction d’une société délivrée « des misères humaines qui n’ont d’autre origine que la tyrannie et l’esclavage » « et où règneront la santé, le bonheur et la vertu ».


    Dans ce climat d’idéologie triomphante alliée à un désarroi et à une désorganisation complète de la société va s’initier la réorganisation de l’enseignement et de la pratique médicale.


    L’Ancien Régime laissait une situation institutionnelle confuse avec deux corporations concurrentes, celle des médecins et celle des chirurgiens remontant au XIIIe siècle. Il va y être mis fin pour développer un enseignement et une pratique modernes.


Pour pallier cet état catastrophique, trois écoles de médecine sont réorganisées et installées à Paris, Strasbourg et Montpellier. Il en est prévu trois autres, dont une pour la médecine militaire, mais au final il en existera cinq avec Mayence et Turin.

Une loi relative à l’exercice de la médecine sera publiée le 10 mars 1803 et dans la foulée le 11 avril celle qui organise des écoles de Pharmacie dans les trois villes de Paris, Strasbourg et Montpellier.

    L’esprit de ces écoles de médecine, surtout celle de Paris, devait être différent des anciennes facultés où l’enseignement n’était que théorique : les étudiants devaient faire de la clinique, des travaux pratiques, avec un personnel d’encadrement spécialement désigné à cet effet. Mais l’enseignement théorique, confié à douze professeurs titulaires et à douze adjoints, n’était pas négligé pour autant.

    Du point de vue de l’organisation de cette profession, on constate deux ordres de praticiens : les docteurs en médecine ou en chirurgie qui ont suivi quatre ans d’études, cinq examens publiés dont deux en latin avec une thèse écrite en latin ou en français, et les officiers de santé à formation uniquement pratique qui ne peuvent exercer en dehors du département du jury auquel ils se sont présentés. Il en est de même pour les pharmaciens avec deux types de praticiens.


                            • Les implantations


    Attardons-nous sur cet établissement situé depuis 1794 dans le VIe arrondissement de Paris et qui représente, avec l’Institut et l’Académie de médecine, un des lieux de mémoire de l’arrondissement.


    Après avoir quitté l’église cathédrale Notre-Dame, l’école canoniale qui formait les médecins traverse la Seine en direction de la rue des Escoliers, devenue rue de Fouarre au XIVe siècle. Un premier doyen est nommé en 1267 : c’est le plus âgé des docteurs. Philippe VI de Valois crée la Faculté en 1331 et, à partir de 1338, le doyen sera élu.


    Vient ensuite son installation, rue des Rats, aujourd’hui rue de l’Hôtel Colbert, puis la construction du premier théâtre anatomique rue de la Bûcherie en 1604 ; d’autres suivront ; le dernier dit « Winslow », inauguré en 1745, servira jusqu’à la Révolution. Pour des raisons d’insalubrité, une partie des locaux est abandonnée pour le rue Jean de Beauvais à la place des juristes qui se transportent place Sainte-Geneviève dans l’édifice élevé par Soufflot.


    La suppression des corporations par la Constituante le 17 mars 1751, puis des « aristocratiques académies » et des « gothiques universités » par la Législative le 18 août 1792, laissent le champ libre à une totale réorganisation. Faculté de médecine, Collège de chirurgie, Académie royale de chirurgie n’existent plus.


    Une nouvelle Faculté est créée le 14 frimaire an III (4 décembre 1794 et ouvre ses portes le 1er pluviôse an  chirurgie (n° 12 de la rue de l’Ecole de médecine)*  et le Couvent des Cordeliers (n° 15) qui lui fait face, désaffecté depuis 1790.


* [c’est Louis XVI qui avait chargé l’architecte Jacques Gondoin de la construction de ce bâtiment ; seule une partie du projet avait été mené à bien de 1769 à 1786 et c’est Paul Ginain qui reprendra dans ses grandes lignes les plans de son prédécesseur, de 1878 à 1900. Pour la petite histoire, c’est ce même Paul Ginain qui a mené la deuxième campagne de construction de la mairie du VIe arrondissement en

1886] 

                                                   

    Un autre établissement vient aussi du Ve arrondissement : la Faculté de pharmacie. C’est le maître apothicaire Nicolas Houel qui a fondé en 1577 un hospice et un Jardin des simples. L’école va se développer rue de l’Arbalète mais, trop à l’étroit, elle déménage en 1882 vers ses actuels bâtiments de l’avenue de l’Observatoire construits sur l’ancienne pépinière des Chartreux par Charles Laisné.


# Droit

    Le Droit est organisé le 13 mars 1804. Dans les deux facultés instituées, il est prévu que chacune d’elles aura quatre professeurs ou plus chargés d’enseigner le droit civil dans l’ordre établi par le Code civil qu.i venait d’être achevé : le droit romain, le droit naturel et le droit des gens, le droit public français dans ses rapports avec l’administration publique, la législation criminelle et la procédure civile et criminelle. La durée des études est de trois ans pour la licence, quatre pour la thèse de doctorat.


                # Lettres, Sciences, Théologie.

                • Les facultés de Lettres et de Sciences, refondées à la même époque, respectivement les 6 mars et 14 avril 1809, n’ont connu ni le succès, ni la réputation de celles qui ont formé aux professions juridiques et de santé.

    Provenant de la partition opérée par le décret de 1808 de l’ancienne faculté des arts entre trivium et quadrivium, elles vont péricliter dès 1815, leur tâche essentielle ne consistant qu’à tenir le rôle d’examen pour la baccalauréat. En outre, elles ne sont partie prenante ni de la recherche, ni de l’innovation qui  ne va se situer qu’à la Sorbonne et au Collège de France, un lieu d’enseignement de niveau supérieur, vocation qui s’est maintenue.


    Madame Françoise Mayeur ajoute dans le tome III de l’Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France : « le couronnement de l’édifice fut l’Institut national des Sciences et Arts qui avait pour tâche de remplacer les sept anciennes académies. Il était conçu comme un organisme de recherche, il était chargé de publier les découvertes et de correspondre avec les autres sociétés savantes. Constitué par plus de trois cents savants, il devait également suivre les travaux scientifiques et littéraires. »


    Cette situation a eu pour conséquence de créer un fossé entre Paris et la province.


Quels étaient les programmes de la Faculté des Lettres de Paris ?


Trois professeurs du Collège de France et trois professeurs de belles-lettres des lycées assuraient des cours d’histoire littéraire et de poésie française, de poésie et d’éloquence latines, de philosophie et des opinions des philosophes, d’histoire et de géographie anciennes et modernes.


                • La Faculté des Sciences de Paris délivrait, par l’intermédiaire de deux professeurs du Collège de France, du Museum, de Polytechnique, de mathématiques des lycées, des cours de calcul différentiel et intégral, d’astronomie, de mécanique, de physique théorique et expérimentale, de chimie, minéralogie, zoologie, botanique.



                • La Faculté de Théologie de Paris se voyait attribuer dans un arrêté du 16 juin 1809, six chaires : histoire sainte, morale évangélique, histoire ecclésiastique, dogme, langue hébraïque, éloquence sacrée.


* * *


Quelle conclusion tirer de cette période impériale relativement brève ?

    - la profusion de textes législatifs dans le domaine de l’éducation ;

    - une reprise en main vigoureuse de l’instruction publique ;

- une gestion centralisée et des plus rigoureuses, n’incitant guère à la fantaisie et ne tolérant

  aucune contestation ;

- beaucoup plus grave, l’oubli dramatique d’une partie de la population en âge d’étudier, puisque

  les filles sont les grandes absentes des établissements scolaires de l’Etat.






C’est à deux historiens, Christophe Charle et Jacques Verger, que je laisse le soin de tirer des conclusions sur le système napoléonien :


«La reconstruction de l’enseignement supérieur s’est faite à la  fois en continuité avec certaines innovations du XVIIIe siècle mais en opposition avec les ouvertures de la phase radicale de la Révolution et avec les traits des universités décadentes du XVIIIe siècle. Trois soucis ont dominé : donner à l’Etat et à la société post-révolutionnaire les cadres nécessaires à la stabilisation d’un pays bouleversé, contrôler étroitement leur formation en conformité avec le nouvel ordre social et empêcher la renaissance de nouvelles corporations professionnelles. Ce despotisme éclairé, malgré des aménagements, explique la prédominance du modèle de l’école (même quand elle s’appelle faculté), la tyrannie du diplôme d’Etat ouvrant le droit à une fonction ou à l’exercice d’une profession précise, l’importance des classements et des concours, même sans les filières qui n’en impliquent pas forcément, la réglementation précise des programmes uniformes, le monopole de la collection des grades par l’Etat. La seule recréation d’une corporation est celle de l’Université qui englobe le personnel enseignant secondaire et supérieur, mais c’est une corporation étroitement surveillée et intégrée dans la hiérarchie des corps qui forment l’Etat nouveau ».



La situation en 1815


On recense à cette date 31 000 écoles primaires et 900 000 élèves, soit seulement 22,5 % des élèves scolarisables. La France compte à cette même date 50 % d’illettrés chez les hommes, 75 % chez les femmes.


Dans le secteur du supérieur, MM. Charle et Verger estiment à

            @ 13 000 le nombre d’étudiants pendant la période révolutionnaire soit plus qu’un doublement par rapport au 6 000 du début du XVe siècle.



                                                                Paris, le 30 juin 2008.

 
Dernière modification : 08/11/2008


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